Patrice arrive sur scène sans cérémonie, acoustique réglée, sourire franc. Le set-up est dépouillé : une guitare, une voix posée, une loop station minimale. Ce dépouillement n’est pas un parti-pris esthétique, c’est la conséquence directe d’une tournée pensée pour peser le moins possible sur la route. Le concert à la BAM, le 17 mars 2023, a donné lieu à cet entretien où il parle autant de chansons que d’organisation logistique.

Ce qui frappe tout de suite, c’est la franchise. Patrice refuse les récits lisses. Il assume les choix de carrière : accepter des scènes où l’on gagne moins mais où l’impact environnemental est mesurable. Le Super Album (2022) revient régulièrement dans la conversation, autant pour ses morceaux que pour la manière dont il a été défendu sur la route.

Une première guitare achetée pas cher, et l’habitude qui en est restée

On lui demande d’où vient cette voix mixant reggae et folk. Il raconte sa première guitare, une électroacoustique bon marché ramenée d’Allemagne à la fin des années 90, qui a servi de longues années de tournée dans des squats et sur de petites scènes. Ces débuts l’ont rendu pragmatique sur le matériel : il préfère un instrument qui tient les voyages à un instrument réputé.

Sur le plateau de la BAM, le constat est le même. Pas de surenchère, du matériel fiable, un set-up dépouillé. La fiabilité prime sur le mythe du « son parfait ».

Le train, le van mutualisé, le rider raboté

Le mot d’ordre de la tournée tient en trois choix concrets. Privilégier le train sur les longs trajets entre dates. Limiter au maximum le fret aérien pour le matériel. Mutualiser le van avec d’autres groupes quand les routes se recoupent. Rien d’héroïque, rien de spectaculaire : ce sont des choix de logistique qui se cumulent et qui se voient autant sur la facture que sur l’empreinte carbone. Le calcul s’appuie sur les facteurs publics de l’ADEME et sur les feuilles de route, pas sur un outil maison qui sort un chiffre flatteur.

La contrepartie, Patrice ne la cache pas. Le rider technique se rabote sur certaines étapes : moins de consoles, moins d’effets, moins de fumigène. Il défend le choix sans langue de bois. La grosse machinerie scénique, ce n’est pas ce qui fait vivre une chanson. Le set acoustique tient debout sans lumière calibrée au millimètre, et le public le sent dans la première minute.

L’impact côté public, c’est sur la billetterie qu’il s’est lu le mieux. Les billets combinés train + entrée ont trouvé preneurs côté gare de Metz, et plusieurs spectateurs venaient de Nancy, Thionville ou Forbach par TER pour la soirée. Pour Borny, c’est un format qui parle : la BAM est accessible en bus, et personne ici n’a besoin de sortir le 4×4 pour aller voir un concert chez nous.

Un album fait pour la scène plus que pour la session studio

Super Album est sorti en 2022. Ce qu’on remarque vite à l’écoute : les titres sont pensés pour vivre en concert. Boucles vocales, guitare rythmique qui tient la chanson, place pour étirer un refrain quand le public répond. Patrice repense chaque morceau en fonction de la logistique de la tournée, pas l’inverse.

La production studio reste épurée, calée sur ce que le trio peut reproduire sur scène. Sur certains titres, la version live ouvre seul et le public est invité sur le refrain. C’est ce qui permet de créer un moment sans avoir à transporter douze musiciens sur la route.

Côté promo, plusieurs radios messines ont diffusé des extraits la semaine du concert et des associations locales ont mis sur pied des ateliers ouverts avant le show.

La salle a répondu présent, et ça n’est pas anodin pour Borny

La BAM était bien remplie ce 17 mars. Public de tous âges, des familles, quelques têtes connues du centre social, des fans venus de plus loin avec un ticket TER en poche. Pour qui suit le quartier depuis longtemps, c’est ce mélange-là qui fait l’événement, pas le nom sur l’affiche. Le concert n’a pas tiré une foule de festival, mais il a tiré la bonne foule : celle qui revient.

Les associations du quartier ont travaillé en amont avec la salle. Ateliers ouverts avant le show, lien avec des structures jeunesse de Borny, présence d’éducateurs du centre social. Ce n’est pas un détail. À Metz-Est, un concert qui vient « avec » le quartier au lieu de « passer dans » le quartier, ça change le rapport entre la salle et les gens qui habitent autour. La BAM le fait depuis qu’elle existe, mais ça marche mieux quand l’artiste s’aligne. Patrice, sur ce coup, s’est aligné.

Les retombées économiques sont modestes. Une date dans une salle de cette taille, après cachets, technique et location, ça ne nourrit pas une équipe pendant un mois. Mais le merch trouve preneur au stand, le bouche-à-oreille tourne, et la prochaine date dans la région se monte plus facilement. Pour Metz Nord et Patrotte, qui voient passer beaucoup d’événements en centre-ville mais peu qui font le déplacement de leur côté, ce concert restera comme un point de repère.

Côté coulisses, ce qui se voit moins

Balance la veille, show calé court, enchaînement sur la date suivante dans la même journée de route. Rien de spectaculaire dans l’organisation. C’est précisément ce qui rend la formule reproductible pour d’autres salles de la région.

Ce que ça change pour la suite côté Metz-Est

Metz est une plaque tournante pour les artistes qui choisissent le train. La date à la BAM ajoute une preuve de plus que des tournées à impact réduit tiennent économiquement. Côté Patrotte et Metz Nord, plusieurs spectateurs ont demandé après coup s’il y aurait d’autres formats du même genre, plus petits, plus participatifs. La BAM y réfléchit.

L’intention sincère, c’est ce qui change tout

Patrice ne fait pas de greenwashing. Il accepte des concessions techniques et assume un cachet moindre pour réduire l’empreinte. Pas de discours, pas de plaquette de communication tendue à la presse. Côté BAM, le travail en amont avec les associations a tenu : ateliers de répétition ouverts, séance d’échange après concert. Des jeunes du quartier ont été invités à des résidences et des rencontres qui peuvent, à terme, déboucher sur d’autres programmations.

Questions fréquentes

Comment est calculée l’empreinte carbone d’une tournée de ce format ?

Le calcul s’appuie sur les facteurs d’émission publics de l’ADEME : distance routière multipliée par un coefficient pour le van, comparée à l’équivalent en train pour les longs trajets, avec un poste matériel ajouté pour chaque date. Le résultat dépend lourdement de la part de kilomètres en train plutôt qu’en route. C’est là que se gagne l’essentiel.

Le Super Album est-il disponible en formats physiques ?

Oui, en vinyle et en CD lors des concerts et chez des disquaires indépendants. Les plateformes de streaming le diffusent intégralement.

Une tournée low-carbon coûte-t-elle plus cher à l’organisateur local ?

Pas forcément. Le partage de véhicule et le recours au train réduisent les frais de transport. Sur la tournée citée, l’économie sur ce poste a compensé l’usage accru de techniciens locaux, et le coût global est resté stable pour la majorité des dates.

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